Du Japon à Taïwan : la biologie du vivant s’écrit désormais à l’échelle mondiale
De Tokyo à Taipei, en passant par Nagoya et Okinawa, une délégation de CNRS Biologie a déroulé, du 13 au 17 avril 2026, une mission pensée comme un itinéraire scientifique continu. Au fil des étapes, laboratoires, instituts et autorités académiques ont dessiné une même toile de fond : celle d’une biologie désormais structurée à l’échelle asiatique et mondiale.
Cette mission était conduite par André Le Bivic, accompagné de Xavier Gromaitre. Elle mobilisait également deux directeurs adjoints scientifiques de CNRS Biologie, Hugues Lortat-Jacob, présent sur les étapes de Tokyo et Nagoya, puis Patrick Blader, impliqué à Okinawa et Taipei. Le fil institutionnel était assuré par Bruno Le Pioufle, directeur du bureau du CNRS à Tokyo, présent tout au long du parcours.
Tokyo et Nagoya : les premières étapes d’une biologie en transition
La mission du CNRS Biologie débute le 13 avril à Tokyo, sur le campus Komaba de l’université de Tokyo, au sein de l’IRL LIMMS. Ici, la biologie se construit au contact direct de l’ingénierie. Les chercheurs travaillent notamment sur des organoïdes sur puce, des dispositifs microfluidiques capables de reproduire certaines fonctions d’organes à petite échelle. L’objectif : mieux comprendre les interactions entre tissus vivants et tester des hypothèses biologiques dans des environnements contrôlés, plus proches du réel que les cultures cellulaires classiques.
Le lendemain, à Nagoya, la mission change d’échelle avec l’inauguration de l’IRL GlycoMIRAI. Ce nouveau laboratoire international s’intéresse aux glycosciences, un domaine encore méconnu du grand public mais essentiel : il explore le rôle des sucres présents à la surface des cellules, impliqués dans des processus clés comme l’immunité ou la progression de certaines maladies. La visite de l’iGCORE permet ensuite de mesurer l’ampleur des moyens mobilisés au Japon, avec des plateformes dédiées à la chimie des sucres et à la biologie structurale, au service d’une meilleure compréhension des mécanismes du vivant.
Okinawa : la biologie marine au cœur des transformations environnementales
Le 15 avril, la délégation se rend à Okinawa, région particulièrement exposée aux effets du réchauffement climatique. À l’université des Ryukyus, les échanges portent sur les récifs coralliens, des écosystèmes fragiles qui jouent un rôle majeur dans la biodiversité marine mais dont l’équilibre est aujourd’hui menacé.
À l’Okinawa Institute of Science and Technology, la mission s’inscrit dans le cadre de l’IRL EARLY, consacré à la biologie du développement et à l’étude des poissons-clowns. Ces travaux permettent de mieux comprendre comment les espèces marines s’adaptent à des environnements en mutation rapide. Au-delà des résultats scientifiques, les discussions portent aussi sur la structuration de réseaux de recherche dans le Pacifique, essentiels pour suivre ces transformations à grande échelle.
Taïwan : science, coopération et diplomatie de la recherche
Dernière étape de la mission, le 17 avril à Taipei, où la délégation du CNRS Biologie enchaîne plusieurs rendez-vous à l’Academia Sinica, principale institution de recherche du pays. À l’Institute of Biological Chemistry (IBC), les équipes présentent des travaux de pointe en glycosciences, biologie structurale et chimie des sucres, en résonance directe avec les priorités franco-japonaises portées par la mission.
La visite se poursuit à l’Institute of Cellular and Organismic Biology (ICOB), déjà partenaire de plusieurs collaborations avec le CNRS, notamment autour des canaux ioniques, de la biologie marine et de l’IRN MARIONIC. Les échanges soulignent la montée en puissance de projets tripartites associant la France, le Japon et Taïwan, en particulier dans les écosystèmes marins du Pacifique.
La délégation est ensuite reçue au Bureau Français de Taipei, où sont évoqués les enjeux de coopération scientifique dans un contexte géopolitique régional de plus en plus complexe, qui renforce l’importance des cadres bilatéraux et multilatéraux existants.
La mission s’achève à la National Taiwan University (NTU), au sein du Taiwan International Bio Research Center (TIBRC), dispositif destiné à accueillir des chercheurs internationaux. Un projet y est notamment en construction entre le CNRS et NTU autour du microbiote et de la résistance aux antibiotiques, associant le Dr Gianni Liti et le professeur Hao-Sen Chiang. Les présentations d’étudiants illustrent enfin la diversité des recherches menées, de la biologie fondamentale aux approches d’intelligence artificielle appliquées à la santé.
Une science du vivant désormais organisée en séquences internationales
Au terme de ce parcours, une même dynamique se dessine : la recherche en biologie s’organise désormais en séquences internationales coordonnées, où chaque étape s’inscrit dans un réseau plus large d’institutions et de collaborations.
Dans cette géographie élargie du vivant, le CNRS Biologie ne se contente pas d’accompagner les évolutions en cours : il participe à leur structuration, au sein d’un espace scientifique où la circulation des chercheurs et des infrastructures redéfinit les frontières traditionnelles de la recherche.