Céline Amiez, lire les plis du cerveau

Distinctions Neuroscience, cognition

Directrice de recherche CNRS à l’Institut cellule souche et cerveau (SBRI)1 , Céline Amiez étudie comment les plis du cerveau permettent de relier structure et fonction, et nous éclairent sur l’émergence du langage humain. Elle est récompensée par la médaille d’argent du CNRS.

  • 1Stem-Cell and Brain Research Institute (Inrae / Inserm / Université Claude Bernard Lyon 1)

Une région du cerveau présente chez l’humain, mais absente chez les grands singes. C’est ce qu’ont mis en évidence Céline Amiez et ses collaborateurs. « J’ai eu l’impression d’ouvrir une boîte de Pandore », confie la chercheuse.

Depuis le début de sa carrière, elle fait le pari de lire le cerveau à travers ses plis, les sillons corticaux. À partir d’IRM, elle relie structure et fonction à l’échelle de chaque individu. Ses recherches ont permis d’identifier les sillons homologues chez les primates humain et non-humain, offrant ainsi une grille de lecture commune pour analyser leurs cerveaux. « La recherche sur les primates non-humains est une étape fondamentale pour décrypter la complexité du cerveau humain, ses anomalies, et concevoir les traitements de demain », affirme-t-elle.

J’ai toujours regardé chaque cerveau comme un individu plutôt que de faire des moyennes – et plus la science avance, plus il est clair que c’est pertinent.

Ces plis du cortex l’ont également amenée à explorer l’évolution du cerveau. En comparant ses données à celles d’autres primates, comme les grands singes, elle distingue ce qui est commun – et ce qui ne l’est pas, jusqu’à faire apparaître une singularité : l’operculum préfrontal. Cette aire, négligée jusqu’alors, pourrait jouer un rôle dans l’émergence du langage, notamment dans cette « voix intérieure » qui accompagne notre pensée.

Cette découverte surprenante ouvre de nouvelles pistes interdisciplinaires. Céline Amiez collabore désormais avec des paléoanthropologues travaillant sur les endocrânes des hominides disparus dans le but de dater l'apparition de cette région dans l'évolution. L’operculum préfrontal semble apparaître très tôt chez les premiers Néandertaliens – leurs sillons corticaux ayant laissé une empreinte dans les crânes fossiles. Une période où les spécialistes situent justement l'émergence du langage moderne.

J’ai la chance de pouvoir aller là où science me mène sans qu’on me mette de barrières.

La chercheuse creuse également du côté du développement. Cette région est la dernière à se mettre en place in utero. Chez les bébés prématurés, son développement est perturbé et pourrait être lié à l’émergence de troubles du langage – ouvrant la voie à de potentielles cibles thérapeutiques.

Des sillons corticaux à l'origine du langage humain et aux troubles du neurodéveloppement : Céline Amiez n'a pas fini d'explorer ce qu'elle a commencé à dévoiler.