Hommage à Pierre Chambon
Le CNRS rend hommage à Pierre Chambon, pionnier de la biologie moléculaire et chercheur d'exception, disparu le 5 mai 2026 à l’âge de 95 ans.
C’est avec une profonde émotion que la communauté scientifique française et internationale a appris la disparition de Pierre Chambon, Professeur à l’Université de Strasbourg et figure majeure de la biologie moléculaire contemporaine. Médaille d’or du CNRS en 1979, Professeur au Collège de France en 1993, membre de l’Académie des Sciences et de la National Academy of Sciences des Etats-Unis, titulaire de nombreux prix internationaux parmi les plus prestigieux dont le Prix Lasker en 2004, il laisse une œuvre scientifique exceptionnelle qui a profondément transformé notre compréhension du fonctionnement des gènes et des mécanismes de régulation hormonale.
Né en 1931, médecin de formation devenu biologiste moléculaire, Pierre Chambon consacra sa vie à la recherche. Il apporta une contribution majeure à la compréhension des mécanismes de contrôle de l’information génétique chez les vertébrés. Il montra que les cellules eucaryotes possèdent plusieurs ARN polymérases distinctes qu’il contribua à caractériser, mettant en évidence le rôle central de la transcription dans la régulation de l’expression des gènes.
Il établit également à travers d’études fondamentales sur la chromatine, le rôle des histones dans la compaction de l’ADN et contribua à définir le nucléosome comme unité de base répétée de la chromatine. Son équipe participa à l’identification des gènes morcelés (split genes, introns/exons) et caractérisa les éléments régulateurs «enhancer», des séquences agissant à distance pour contrôler la transcription des gènes codants, qu’il montra ensuite cibles de récepteurs nucléaires.
À partir des années 1980, ses recherches se concentrèrent sur les récepteurs nucléaires. Son laboratoire a cloné successivement les récepteurs des œstrogènes, de la progestérone, et de l’acide rétinoïque. Il a démontré que le récepteur des œstrogènes pouvait activer la transcription dans des cellules de levure, ce qui a illustré de manière frappante la conservation évolutive des mécanismes régissant la transcription chez les eucaryotes. La collaboration avec le cristallographe Dino Moras, a permis de déterminer la structure tridimensionnelle du récepteur de l’acide rétinoïque et d’en disséquer le mécanisme d'action.
Son équipe développa également des approches innovantes de mutagénèse conditionnelle ciblée chez la souris permettant d’étudier la fonction de ces récepteurs in vivo, à des stades précis du développement embryonnaire et de la vie adulte.
À Strasbourg, où il mena l’essentiel de sa carrière, il créa et dirigea d’abord le Laboratoire de génétique moléculaire des eucaryotes, qui fut ensuite délocalisé et devint l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (CNRS/Inserm/Université de Strasbourg), l’un des laboratoires phare de la recherche française en sciences de la vie au niveau international.
Visionnaire, il comprit très tôt l’importance de l’interdisciplinarité et du développement des grandes infrastructures de recherche. Il fut à l’origine de la création de l’Institut Clinique de la Souris en 2002, qui est toujours infrastructure européenne d’Infrafrontier. Il initia des relations avec le milieu industriel en créant, avec Philippe Kourilsky, Transgene, puis plus tard des collaborations avec Bristol-Myers-Squibb.
Scientifique d’une rare créativité, ses travaux fondamentaux ont inspiré plusieurs générations de biologistes et de médecins dont beaucoup ont essaimé avec succès dans la recherche publique et privée, en France comme à l’international. Son exigence intellectuelle, son énergie et son engagement constant en faveur de la recherche ont marqué durablement tous ceux qui ont travaillé à ses côtés.