Un nouveau type de cellules graisseuses sans noyau découvertes dans la moelle osseuse humaine
Dans une étude1 publiée dans la revue Cell Reports, des scientifiques décrivent un type de cellule jusqu’alors inconnu dans la moelle osseuse rouge humaine. En parvenant à isoler et caractériser des adipocytes médullaires humains, ils ont découvert que ces cellules graisseuses sont dépourvues de noyau, une particularité extrêmement rare chez les cellules eucaryotes. Malgré cette absence, elles demeurent fonctionnelles et jouent un rôle actif dans le maintien de l’hématopoïèse, le processus de production des cellules sanguines.
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Ces travaux de l’Institut de Pharmacologie et de Biologie Structurale (CNRS/Université de Toulouse) ont été réalisés en collaboration avec le Département de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique (Hôpital Pierre-Paul Riquet, CHU de Toulouse), l’institut RESTORE (Inserm/CNRS/Université de Toulouse), le Centre de Recherches en Cancérologie de Toulouse et l’Institut des Maladies Métaboliques et Cardiovasculaires (Inserm/Université de Toulouse) et ont bénéficié du soutien financier de l’Institut National du Cancer et de la Ligue Nationale contre le Cancer (équipe IPBS labélisée).
Un nouveau type d’adipocytes dans la moelle osseuse humaine
La moelle osseuse rouge, site principal de production des cellules sanguines, contient également de nombreuses cellules graisseuses, appelées adipocytes médullaires. Leur étude reposait jusqu’à présent sur des modèles animaux, dans lesquels leur faible abondance limitait les possibilités de caractérisation approfondie.
Grâce à un protocole optimisé d’aspiration médullaire, développé précédemment par l’équipe, les scientifiques ont pu isoler pour la première fois des adipocytes de la moelle osseuse rouge humaine en quantité suffisante pour les analyser en détail. En combinant imagerie, analyses cellulaires et approches de biologie moléculaire, ils ont découvert une caractéristique totalement inattendue : ces adipocytes sont anucléés, c’est-à-dire dépourvus de noyau.
Cette observation, publiée dans la revue Cell Reports, est remarquable en biologie cellulaire. Chez les eucaryotes, les cellules anucléées sont extrêmement rares et, chez l’humain, cette situation est principalement connue pour des éléments sanguins très spécialisés, comme les globules rouges ou les plaquettes.
Des cellules sans noyaux, mais toujours fonctionnelles
Malgré leur absence de noyau, les adipocytes médullaires contiennent d’autres organites intracellulaires, tels que des mitochondries et du réticulum endoplasmique, suggérant le maintien d’une activité cellulaire organisée.
Les analyses montrent qu’ils conservent plusieurs fonctions métaboliques propres aux adipocytes, notamment celles impliquées dans le stockage des lipides et du glucose. En revanche, contrairement aux adipocytes classiques, ils semblent incapables de mobiliser leurs réserves lipidiques en réponse à une restriction calorique par le biais de la lipolyse.
Cette particularité pourrait refléter une spécialisation fonctionnelle : ces cellules ne serviraient pas prioritairement de réserve énergétique mobilisable, mais seraient préservées pour assurer des fonctions essentielles au sein de la niche médullaire.
Un rôle actif dans la production de cellules sanguines
Les scientifiques montrent également que ces adipocytes présentent une activité sécrétoire importante. Ils produisent de nombreux facteurs solubles impliqués dans l’hématopoïèse, le processus de production des cellules sanguines.
En culture, ils sont capables de soutenir directement la prolifération et la différenciation de cellules souches et progénitrices hématopoïétiques. Ces résultats démontrent que les adipocytes médullaires humains ne sont pas de simples cellules de remplissage, mais des acteurs actifs du microenvironnement qui contrôlent la production des cellules sanguines.
Une découverte aux implications majeures
Cette étude révèle l’existence inattendue, dans la moelle osseuse humaine, d’une cellule adipocytaire fonctionnelle dépourvue de noyau. Elle montre qu’une cellule eucaryote anucléée peut non seulement survivre, mais aussi maintenir une activité métabolique, produire des facteurs biologiquement actifs et contribuer au fonctionnement d’un tissu essentiel.
Au-delà de l’observation cellulaire elle-même, ces travaux modifient la vision actuelle du tissu adipeux médullaire. Ils mettent en évidence une complexité fonctionnelle insoupçonnée de la moelle osseuse rouge humaine et ouvrent de nouvelles perspectives pour comprendre comment le microenvironnement médullaire régule l’hématopoïèse en conditions physiologiques, mais aussi potentiellement dans des contextes pathologiques tels que le vieillissement, les maladies hématologiques ou les cancers de la moelle osseuse.
Figure : Des adipocytes sans noyau mais actifs dans la moelle osseuse humaine. Les adipocytes médullaires humains de la moelle rouge ne possèdent pas de noyau, mais restent métaboliquement actifs. Ils stockent de l’énergie à partir du glucose et des lipides, sans pouvoir la mobiliser efficacement par lipolyse en cas de privation calorique. Ils libèrent en revanche des facteurs solubles qui stimulent l’hématopoïèse, c’est-à-dire la production des cellules sanguines.
En savoir plus : Shin S, Hernandez M, Dauvillier S, etc. Red bone marrow hosts metabolically active anucleate adipocytes that support hematopoiesis. Cell Reports, 2026; Jun 25;45(7):117602. doi: 10.1016/j.celrep.2026.117602. Epub ahead of print. PMID: 42348417.
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