Tom Delmont, cartographe du plancton marin
Tom Delmont, chargé de recherche CNRS au laboratoire Génomique métabolique (GM)1 , explore la diversité et l'évolution des micro-organismes et des virus du plancton marin par génomique environnementale. Il est récompensé par la médaille de bronze du CNRS.
- 1Unité CEA / CNRS / Université Évry Paris-Saclay
L'océan couvre 70 % de la surface de la Terre, mais ce qui l'habite reste pour l'essentiel invisible. Dans chaque litre d'eau de mer vivent des millions de micro-organismes et une diversité vertigineuse de virus qui les infectent. C'est cet écosystème que Tom Delmont explore depuis quinze ans, en filtrant non pas l'eau, mais les données.
Son terrain de jeu : les données de l'expédition Tara Océans, qui a filtré, séquencé et archivé l'ADN du plancton à travers tous les océans du monde. « Il y a dix ans, j'avais l'impression de devoir gravir une montagne », confie-t-il. Une décennie plus tard, son équipe a contribué à reconstruire et caractériser l'essentiel des grandes lignées bactériennes, archéennes et virales présentes dans ces données. Le sommet se profile.
En y cherchant des virus géants connus, son équipe tombe sur des signaux génomiques sans équivalent : des branches évolutives longues, distantes de tout ce qui est répertorié. Reconstruire ces génomes prend des années. C'est avec un outil de prédiction de structure 3D des protéines, que le chercheur et ses collaborateurs comprennent qu’ils ont découvert un groupe entier de virus inconnus qu’ils nomment mirusvirus. Extrêmement abondants, présents dans les océans, les rivières et les lacs, ces virus révèlent au passage quelque chose de surprenant : leur particule virale ressemble à celle de l'herpès. « Cela suggère que l'herpès a une origine océanique et probablement une longue histoire d'infection des eucaryotes unicellulaires avant de se spécialiser chez les animaux », explique Tom Delmont.
Désormais, il ne reste que 10 % des assemblages métagénomiques de Tara Océans à comprendre. C'est là que Tom Delmont fixe son regard, convaincu que ces fragments obscurs regorgent de lignées virales encore entièrement inconnues.