Prix de la Fondation pour la recherche médicale 2025 : 9 biologistes du CNRS récompensés

Distinctions

Les Prix de la Fondation pour la Recherche Médicale distinguent et soutiennent chaque année quelques-uns des talents de la recherche française. Créés à l’initiative de mécènes engagés dans la lutte contre la maladie, ils permettent à ces bienfaiteurs d’associer leur nom, ou celui d’un proche, aux avancées majeures de la recherche biomédicale.

Les Prix annuels de la Fondation pour la Recherche Médicale et des fondations qu’elle abrite mettent en lumière l’excellence scientifique. Autour du Grand Prix, qui récompense un scientifique pour une contribution exceptionnelle, les Prix scientifiques et les Prix de recherche distinguent des personnalités dont les travaux se démarquent par leur originalité et leur impact.

Issus de dons, donations ou legs, ces prix sont souvent porteurs d’une histoire personnelle ou familiale. Ils prolongent la volonté de philanthropes qui souhaitent soutenir durablement la recherche et rendre hommage. Les lauréates et lauréats sont sélectionnés par des jurys composés d’experts reconnus dans leur domaine.

En cohérence avec sa mission d’information scientifique, la Fondation pour la Recherche Médicale remet également deux Prix de la communication. Ils récompensent une personnalité scientifique et une personnalité des médias particulièrement investies dans la transmission des connaissances biomédicales auprès du grand public.

En 2025, 9 biologistes associées aux unités de recherche de CNRS Biologie ont reçu un prix de la Fondation pour la recherche médicale.

Patrick Mehlen – Grand Prix

Patrick Mehlen est directeur de recherche de classe exceptionnelle au CNRS. Il est à la tête du Centre de recherche en cancérologie de Lyon. Il y est responsable de l’équipe « Apoptose, cancer et développement ». Il dirige également Netris Pharma, une start-up de biotechnologies qu’il a contribué à créer. 

Créé à l’initiative de la Fondation pour la Recherche Médicale, le Grand Prix, d’un montant de 120 000 €, est décerné chaque année. Il honore une personnalité du monde scientifique de renommée internationale pour sa contribution exceptionnelle au progrès de la connaissance scientifique dans le domaine médical. Le lauréat du Grand Prix est désigné par un jury composé des membres du Comité de la recherche et du président du Conseil scientifique de la FRM.

L’épopée des récepteurs à dépendance : d’une découverte fondamentale à des traitements novateurs

Biologiste cellulaire de formation et ancien élève de l’École normale supérieure de Lyon, il a acquis une réputation scientifique internationale pour sa découverte en 1998, lors de son postdoctorat aux États-Unis, d’un nouveau type de récepteurs biologiques, baptisés « récepteurs à dépendance ». Situés à la surface des cellules, ils sont activés lorsque les protéines qui les reconnaissent spécifiquement – appelées ligands – s’y fixent ; ce qui déclenche un signal « positif » pour la cellule, comme la prolifération cellulaire. Mais ces récepteurs à dépendance sont aussi activés par l’absence de ligand, un concept alors inédit. Dans ce cas de figure, un signal « négatif » est transmis à la cellule, qui aboutit à sa mort. D’où le nom donné à ce type de récepteur : lorsqu’une cellule l’exprime, sa survie dépend de la présence de son ligand.

Après 1998 et la découverte de ce nouveau paradigme, Patrick Mehlen et son équipe identifient ou contribuent à identifier une vingtaine de récepteurs à dépendance, soit la plupart connus à ce jour.

Martine Cohen-Salmon – Prix Rachel Ajzen et Léon Iagolnitzer

Ce Prix, d’un montant de 25 000 €, soutient des travaux de recherche fondamentale sur la compréhension des mécanismes du vieillissement et en particulier en ce qui concerne le cerveau dans des conditions normales et pathologiques.

Martine Cohen-Salmon est directrice de recherche au CNRS, responsable de l’équipe « Physiologie et physiopathologie de l’unité gliovasculaire » au Centre interdisciplinaire de recherche en biologie (CIRB) à Paris.

La régulation du système vasculaire cérébral

Ses travaux explorent la manière dont certaines cellules du cerveau, appelées « astrocytes », régulent le système vasculaire cérébral. Les astrocytes établissent des contacts étroits avec les vaisseaux sanguins, créant des zones d’interface essentielles pour le bon fonctionnement du cerveau. Comprendre comment cette interface se développe, se maintient, et est altérée par certaines maladies neurologiques (comme les leucodystrophies rares ou la maladie d’Alzheimer) pourrait ouvrir la voie à des stratégies thérapeutiques innovantes.

Ipek Yalcin – Prix Brixham Foundation

Ce Prix, d’un montant de 25 000 €, est destiné à soutenir des travaux de recherche biomédicale sur le cerveau et des recherches sur l’antibiorésistance.

Ipek Yalcin est directrice de recherche au CNRS, responsable de l’équipe « Douleur et psychopathologies » à l’Institut des neurosciences cellulaires et intégratives, à Strasbourg.

Mécanismes de la dérégulation émotionnelle associée à la douleur chronique

Elle étudie les liens réciproques entre la douleur chronique et les troubles anxio-dépressifs. Grâce à un modèle expérimental unique mis au point au laboratoire, son équipe a découvert le rôle clé du cortex cingulaire antérieur, une région cérébrale hyperactive en cas de douleur chronique. L’équipe s’attache depuis à identifier les types de cellules impliqués, les circuits cérébraux et les mécanismes moléculaires en jeu. L’objectif, à terme, est de développer de nouveaux outils pour diagnostiquer les maladies psychiques associées à la douleur, les prévenir et les traiter efficacement.

Carole Escartin – Prix Marie-Paule Burrus

Ce Prix, d’un montant de 25 000 €, a été créé par Yves Burrus en l’honneur de sa femme, Marie-Paule Burrus. Il est destiné à récompenser un chercheur menant des travaux sur les maladies neurodégénératives.

Carole Escartin est directrice de recherche au CNRS, responsable de l’équipe « Signalisation astrocytaire en physiologie et dans les maladies neurodégénératives » à l’Institut des neurosciences Paris-Saclay, à Saclay.

Astrocytes, interactions avec les neurones et maladies neurodégénératives

Elle étudie le rôle des astrocytes, des cellules cérébrales indispensables au fonctionnement des neurones. En contact étroit avec ces derniers, ils régulent finement leur activité. Son équipe a montré que certaines cascades moléculaires qui régulent les gènes des astrocytes impactent le fonctionnement et la survie des neurones dans des modèles de maladies neurodégénératives. Elle cherche maintenant à disséquer les mécanismes impliqués en conditions normales et pathologiques pour, à terme, proposer de nouvelles options thérapeutiques ciblant ces voies.

Hélène Marie – Prix Bernadette et Pierre Duban

Issue du legs de Pierre Duban, la Fondation Bernadette et Pierre Duban a été créée afin de remettre annuellement à un chercheur un Prix doté de 40 000 €, couronnant des recherches effectuées exclusivement sur les maladies d’Alzheimer et dégénératives du cerveau.

Hélène Marie est directrice de recherche au CNRS, coresponsable de l’équipe « Physiopathologie des circuits neuronaux et du comportement » à l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire, à Valbonne, dont elle est la directrice adjointe.

Des molécules qui perturbent la communication cérébrale dans la maladie d’Alzheimer

Elle étudie les modifications de la communication entre neurones et leur contribution à la perte de mémoire dans la maladie d’Alzheimer. Son équipe a mis en lumière l’implication de petites molécules, appelées peptides, issues du clivage de la protéine cérébrale APP (protéine précurseur de l'amyloïde). Elle a récemment identifié un nouveau peptide, nommé AETA, et montré qu’il altérait la transmission des informations entre neurones en régulant un récepteur essentiel pour l’apprentissage et la mémoire. Une avancée importante dans la compréhension de la maladie.

Céline Vallot – Prix Maylis

Ce Prix, d’un montant de 40 000 €, a été créé par Sandrine et Bernard Loth. Il est destiné à soutenir des travaux de recherche biomédicale sur le cancer du sein.

Céline Vallot est directrice de recherche au CNRS, responsable de l’équipe « Dynamique de la plasticité épigénétique dans le cancer », à l’Institut Curie à Paris.

Jouer sur les modifications chimiques de l’ADN pour mieux soigner les cancers du sein

Elle étudie comment des changements réversibles de la structure de l’ADN, appelés modifications épigénétiques, influencent l’évolution des cancers. Son équipe a découvert dans le cancer du sein triple négatif – un type très agressif – que la perte d’une modification spécifique de l’ADN, appelée H3K27me3, participait à la résistance à la chimiothérapie. En bloquant cette perte, l’efficacité du traitement est améliorée et la rechute du cancer retardée dans un modèle animal. Cibler les modifications épigénétiques des tumeurs pourrait ainsi offrir des stratégies thérapeutiques alternatives.

Irina Gutsche – Prix Jacques Piraud

Ce Prix, d’un montant de 15 000 euros, provient d’une donation de Marcel Piraud et est dédié à son fils, Jacques. Il est destiné à financer des recherches sur les maladies infectieuses.

Irina Gutsche est directrice de recherche au CNRS, responsable de l’équipe « Imagerie Microscopique d’Assemblages Complexes » à l’Institut de biologie structurale, à Grenoble.

Visualiser les molécules et microbes en 3D

Avec son équipe, elle explore les assemblages de molécules biologiques isolées, les bactéries entières et les cellules humaines infectées par un virus, grâce à des techniques avancées de microscopie électronique 3D. Elle cherche notamment à comprendre et à contrôler la multiplication du virus respiratoire syncytial, responsable de la bronchiolite du nourrisson, et à élucider la résistance des bactéries aux stress environnementaux. Ces travaux interdisciplinaires visent à éclairer des mécanismes fondamentaux et à ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques.

Catherine Postic – Prix Odile et Gilles Taldu

Ce Prix, d’un montant de 40 000 €, récompense des recherches sur les diabètes et sur les cancers difficiles à traiter.

Catherine Postic est directrice de recherche au CNRS, coresponsable de l’équipe « Signalisation de l'insuline et du glucose, et glucotoxicité » à l’Institut Cochin dont elle est aussi directrice adjointe, à Paris.

Diabète de type 2 : le rôle des signaux du sucre dans le foie

Ses travaux sont consacrés aux mécanismes moléculaires et biochimiques qui régulent le métabolisme énergétique en modulant notamment le dialogue entre le foie et l’intestin. Son équipe s’intéresse aux dérégulations liées à l’accumulation de graisse dans le foie – appelée stéatose –, présente chez une grande proportion de patients atteints de diabète de type 2. Elle tente de comprendre comment la stéatose, combinée avec l’inflammation, peut progresser vers une forme plus grave, comme une fibrose, une cirrhose, voire un cancer du foie.

Véronique Maguer-Satta – Prix Lucien Tartois

Ce Prix, d’un montant de 20 000 €, provient d’une donation de Lucien Tartois, ancien chef du service culturel du palais de la Découverte. Il est destiné à financer des recherches en oncologie, immunologie ou virologie.

Véronique Maguer-Satta est directrice de recherche au CNRS, responsable de l’équipe « BMP, écosystème, cellules souches et dynamique du cancer » au Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon, dont elle est directrice adjointe.

Des protéines au cœur du lien entre cellules souches et cancer

Son équipe étudie comment des protéines, appelées BMP, régulent les échanges entre les cellules souches normales ou tumorales et leur environnement. Elle a montré, que des anomalies de cette voie pouvaient favoriser la survenue et la persistance de tumeurs ou modifier la réponse aux traitements. L’équipe étudie le lien avec l’exposition à des polluants (pesticides, bisphénols, nanoplastiques). Ces avancées éclairent les mécanismes du cancer en offrant de nouvelles perspectives dans la lutte contre la maladie.