Maxime Derex, l’intelligence collective en héritage

Distinctions Neuroscience, cognition

Chargé de recherche CNRS au laboratoire TSE-Recherche (TSE-R)1 , Maxime Derex travaille à l'intersection de la psychologie, de l'anthropologie et de la biologie de l’évolution sur les mécanismes par lesquels les connaissances et les technologies évoluent au sein des sociétés. Il est récompensé par la médaille de bronze du CNRS.

  • 1Unité CNRS / Inrae / Toulouse School of Economics

Maxime Derex a commencé par des études en philosophie – une discipline où l'humain trône, doué de raison, au-dessus du reste du vivant. Puis il bascule vers la biologie, où l’humain devient un animal parmi d'autres. « Je ne trouve pas qu'individuellement, nous soyons si brillants que ça, dit-il. Mais collectivement, c'est une autre histoire ». C'est ce paradoxe qui structure toute sa recherche.

Au cœur de ses travaux : la culture cumulative, processus par lequel les connaissances et les technologies s'améliorent de génération en génération, au-delà des capacités individuelles. Pour l'étudier, il recrée ce processus en laboratoire : des participants reçoivent une solution, l'améliorent et la transmettent au suivant. Une chaîne de transmission qui simule en quelques heures ce qui se joue sur des millénaires.

La culture cumulative est un processus plus intelligent que nous. Elle dépend des individus, mais elle résout des problèmes qu'aucun d'entre eux ne pourrait résoudre seul

Ce qu'il découvre est contre-intuitif. Les solutions s'améliorent au fil des générations, mais la compréhension individuelle des participants n’augmente pas nécessairement. Une conclusion qui bouscule certaines interprétations archéologiques : face aux outils sophistiqués de nos lointains ancêtres, les chercheurs supposaient une compréhension fine des propriétés des matériaux. Ses expériences suggèrent que la complexité peut émerger sans être comprise.

Ses travaux révèlent aussi un autre paradoxe : il faut beaucoup d’individus pour stimuler l’innovation, mais trop de connectivité la limite. Lorsqu’une solution prometteuse émerge dans une population très connectée, tout le monde converge vers elle – réduisant ainsi l'exploration. Maxime Derex illustre ainsi comment des solutions imparfaites peuvent perdurer simplement parce que personne ne cherche ailleurs. 

Aujourd'hui, j’explore la culture cumulative au-delà de l’humain chez les chimpanzés, mais aussi chez les intelligences artificielles génératives, afin de comprendre comment ce processus a émergé et où il pourrait nous conduire.

C'est le revers de ce processus, qui l'incite à explorer désormais les innovations radicales, celles qui rompent avec l'existant. « Tout autour de nous, il y a des solutions qui demandent à être découvertes et qui sont potentiellement révolutionnaires », dit-il. Avant qu'elles n’existent, rien ne les rend évidentes. C’est cette tension – chercher ce que nous ne voyons pas encore – qui l’attire.