Marc Bajénoff, quand le décor fait tourner le système immunitaire
Directeur de recherche CNRS au Centre d’immunologie de Marseille-Luminy (CIML)1 , Marc Bajénoff étudie comment les cellules stromales, longtemps considérées comme secondaires, organisent et régulent le fonctionnement du système immunitaire. Il est récompensé par la médaille d’argent du CNRS.
- 1Unité AMU / CNRS / Inserm
Pendant longtemps, les cellules stromales ont été considérées comme les figurantes du système immunitaire. Et pourtant… « Si ce dernier était comparé à une armée, le stroma serait en charge de la logistique. Ravitaillement, routes, communications, etc. C'est simple, sans lui, il n'y aurait pas de système immunitaire », décrit Marc Bajénoff. Avec son équipe, créée en 2010, le chercheur est animé par un fort besoin de comprendre ces cellules encore méconnues, de leurs origines à leurs fonctions.
Ces dernières années, ils se sont plus particulièrement intéressés aux interactions entre les cellules stromales et les macrophages, un type de cellule immunitaire impliqué dans le développement, le maintien et la régénération de nos organes. Ils ont contribué à l’émergence du concept de « niche du macrophage ». Dans l'organisme, chaque macrophage dépend d’un microenvironnement de cellules stromales qui le nourrit et régule sa présence à un endroit précis. Ce concept permet notamment de cibler très localement certains macrophages — non pas en agissant directement sur eux, mais sur les cellules qui les maintiennent en vie. Par exemple, les chercheurs ont mis en évidence dans la rate une niche de fibroblastes nourrissant les macrophages chargés de recycler le fer à la mort des globules rouges. Ils ont également identifié la niche des macrophages chargés d’éliminer les pathogènes de la lymphe dans les ganglions lymphatiques. Et cette relation pourrait ne pas être à sens unique : les cellules stromales impliquées recevraient en retour des signaux encore mal compris.
Dans la continuité de ces travaux, l’équipe explore désormais d’autres organes. Dans le testicule, par exemple, la disparition d’une niche de macrophages suffit à perturber la fertilité des souris. Une piste qu’ils commencent à explorer à l'interface avec des biologistes de la reproduction.