La mère-poule influence la latéralité des poussins

Résultats scientifiques Neuroscience, cognition

Les facteurs favorisant l’apparition d’asymétries cérébrales ou comportementales, à l’échelle individuelle ou d’une population, posent question. Dans cette étude publiée dans la revue Animal Behaviour, des chercheuses du laboratoire d’éthologie de Rennes montrent qu’être élevé ou non par une mère influence le comportement social mais aussi la latéralité des poussins. Cela montre un lien entre comportement social et latéralité qui pourrait avoir des conséquences sur la survie des poussins.

Tout le monde préfère utiliser une main plutôt que l’autre. Cela s’appelle être latéralisé, et la plupart des animaux le sont. Les humains ont aussi la particularité d’être en majorité droitiers. D’autres espèces animales sont aussi majoritairement latéralisées du même côté et les scientifiques se demandent pourquoi. Certains pensent que cela pourrait faciliter les interactions sociales et que les interactions entre des individus latéralisés ont pu favoriser un alignement au cours de l’évolution. Se serrer la main est en effet plus facile quand les deux personnes tendent la main droite. Est-ce que cela permettrait également une meilleure coordination entre les individus ? La façon dont les individus interagissent avec les autres individus de leur espèce prédirait-elle en retour une latéralité plus ou moins forte et plus ou moins homogène dans une population ? C’est ce que les chercheuses ont essayé de savoir en comparant le comportement de poussins ayant été élevés par une mère ou non.

Chez la poule, la mère joue un rôle très important dans le développement comportemental des petits. Elle influence notamment le comportement social et émotionnel des poussins. Mais qu’en est-il de leur latéralité ? Si comportement social et latéralité sont liés, il serait logique que la mère influence aussi la latéralité de ses petits. La comparaison entre des poussins maternés et des poussins non maternés montre en effet que les poussins non maternés sont à la fois plus sociaux, plus fortement latéralisés et de façon plus homogène que des poussins maternés. Cela pourrait s’expliquer par une forme de compétition pour accéder à la mère quand elle est présente, par une influence de cette dernière, et au contraire par une influence des poussins les uns sur les autres lorsqu’ils n’ont pas de mère (cela s’appelle une transmission horizontale c’est-à-dire de poussin à poussin). Cela suggère aussi que comportement social et latéralité sont bel et bien liés.

Cette étude démontre une influence de la mère sur le développement de la latéralité de ses petits. Cette influence pourrait jouer un rôle important dans la survie des petits car la latéralité a des conséquences sur leurs comportements alimentaire et anti-prédateur, et il se pourrait bien qu’elle ait aussi des conséquences sur leurs comportements sociaux.

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© Isabelle George

 Figure :  Nombre de poussins ayant tourné à gauche ou à droite lors d'un test de latéralité (test du détour). Le test du détour consiste à placer un individu devant un obstacle et à regarder par quel côté il le contourne pour rejoindre une cible alimentaire ou des congénères. Alors que les poussins maternés ne montrent pas de préférence significative pour un côté plutôt que l’autre, les poussins non maternés montrent une préférence significative pour le côté droit.

Pour en savoir plus:

Mothering influences domestic chick's laterality
Galuret S, Lumineau S, Pouzol D, George I
Animal Behaviour 5 Dec 2019; doi.org/10.1016/j.anbehav.2019.11.005

Contact

Isabelle George
Chargée de recherche CNRS au laboratoire d'Éthologie animale et humaine (ÉthoS) - (CNRS / Université de Rennes / Université de Normandie)
Sophie Lumineau
Enseignante-chercheuse à l'Université Rennes 1