Hommage à Patrick Netter
Le CNRS et CNRS Biologie rendent hommage à Patrick Netter, ancien directeur du département des Sciences de la vie (SDV) du CNRS et figure engagée des sciences du vivant et de la santé, disparu le 8 août 2026.
Patrick Netter avait été nommé directeur des sciences de la vie (SDV) en 2008 par Catherine Bréchignac, sur proposition d’Arnold Migus avec lequel il avait déjà travaillé au CNRS. Professeur des universités-praticien hospitalier en pharmacologie, il avait alors tenu à rappeler son parcours dans l’interdisciplinarité au CNRS et sa volonté de faire confiance aux directeurs adjoints scientifiques dans leur domaine de compétence.
Patrick Netter s’est révélé un fervent défenseur du CNRS lors de la période critique durant laquelle le département SDV a été menacé de disparition, puis après la création de l’Institut des sciences biologiques (INSB), concomitante à la mise en place de l’alliance Aviesan. L’une de ses grandes qualités a été de mettre en valeur ses collaboratrices et collaborateurs et de les soutenir en public quelles que soient les conséquences. C’est la marque des grands. Scientifique passionné de recherche, il a toujours soutenu la science de haut niveau présente à l’INSB.
Après 2013 et l’arrivée de Catherine Jessus à la direction de l’INSB, Patrick Netter a continué à œuvrer pour le CNRS comme conseiller sur l’Europe et le programme ERC. À sa retraite, il a travaillé pour la Cour des comptes et s’est fortement investi dans l’Académie nationale de médecine. Il a également continué à suivre avec intérêt la biologie et la santé au CNRS, ainsi que la biologie dans le Grand Est et son ancien laboratoire devenu l’IMOPA.
Le CNRS et CNRS Biologie adressent leurs pensées les plus sincères à sa famille, à ses proches ainsi qu’à l’ensemble de ses collègues et collaborateurs.
Témoignage d’Arnold Migus, ancien directeur général du CNRS (2006-2010)
C’est, il y a précisément trente ans, autour de Jean-Jacques Gagnepain, alors directeur scientifique du Département des sciences pour l’ingénieur (SPI) du CNRS, que j’ai fait la connaissance de Patrick Netter. Nous venions d’être nommés au Comité national, à la fois dans ce qui était le Conseil de département et en section, lui dans la section 22, dans un de ses domaines de prédilection : les interfaces, la pluridisciplinarité, la bioingénierie et les techniques biomédicales. Patrick était à la fois un médecin et un scientifique, un rhumatologue et un chercheur, spécialiste reconnu des mécanismes cellulaires et moléculaires des pathologies articulaires.
Autour de la table du Conseil de Jean-Jacques Gagnepain, il y avait quatre Professeurs des universités – Praticiens hospitaliers (PU-PH) – autre temps, autre mœurs. Outre Patrick, on y trouvait ainsi comme PU-PH, Geneviève Berger, futur DG du CNRS, et Jacques Bittoun, futur Président de l’université Paris-Sud. C’est dans cette période que Patrick Netter a pris la direction de son UMR CNRS « Physiopathologie et Pharmacologie articulaire » (CNRS/Université de Lorraine).
Outre ses responsabilités de recherche, il avait été élu Doyen de la faculté de médecine de Nancy en 2003 et s’est impliqué de plus en plus dans la politique de soutien à la science et à la médecine dans le Grand-Est. En effet, en plus de ses qualités de médecin et de scientifique, Patrick avait un autre don : celui de rassembleur et de passeur d’idées, non seulement entre scientifiques, mais aussi – ce que l’on pratique plus facilement en région qu’à Paris – avec le monde des décideurs.
Mais sa passion restait le CNRS, dont il mettait la qualité scientifique au-dessus de tout. Il a toujours privilégié et encouragé l’interdisciplinarité par l’association des différentes disciplines ; c’est pourquoi, en 2002, il avait été nommé pour le suivi des hôtels à projets auprès de la direction générale. Aussi, quand Frédéric Dardel m’a fait part fin 2007 de son intention de quitter sa fonction de directeur du département des sciences du vivant (SDV), j’ai proposé à Patrick Netter, avec l’accord de la Présidente du CNRS, Catherine Bréchignac – l’institution était encore bicéphale à l’époque – de candidater pour cette fonction. Le 1er avril 2008, Patrick était nommé directeur scientifique de SDV.
Cette période était agitée dans le domaine des sciences du vivant, marquée par le projet de fusion du département SDV du CNRS avec l’Inserm, avec l’ambition d’en faire un institut à l’image des NIH aux États-Unis, adossé à quelques promesses de crédits supplémentaires. Le rôle de Patrick Netter a été fondamental dans la mise en place d’une politique de site concertée et de visites communes avec l’Inserm. Avec son PDG, André Syrota, et son adjoint Thierry Dammerval, au lieu d’une fusion brutale, nous avons bâti la première des Alliances de recherche, Aviesan, qui a perduré jusqu’à très récemment.
En 2009, la réforme du CNRS a mené à la création des dix Instituts actuels, et Patrick a pris la direction de l’INSB jusqu’en 2013, en y poursuivant sa politique d’excellence scientifique au sein des sites, toujours en liaison étroite avec l’Inserm. Il s'était entouré d’une très forte équipe d’adjoints, parmi lesquels Bernard Bioulac et André Le Bivic. Son départ de l’INSB n’a pas clos son engagement auprès du CNRS : il est resté de longs mois conseiller Europe et ERC auprès d’Alain Fuchs.
Patrick Netter a toujours cherché à défendre la science auprès de nombreuses instances, que ce soit au Conseil de l’AERES ou, depuis 2016, au sein du Conseil scientifique de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST).
Même s’il n’a jamais quitté la recherche et a continué de publier au sein de son université, sa carrière a pris un tour inattendu en 2014 lorsque j’ai suggéré à la Cour des comptes qu’il rejoigne cette institution, à temps partiel comme « conseiller-expert » auprès de la 6ème chambre (chargée d’évaluer les politiques publiques liées à l’Assurance maladie) et de la 3ème chambre (dédiée à la Recherche). Il y a excellé comme à son habitude, a su se rendre indispensable et y est resté jusqu’à fin 2025, dépassant de beaucoup la limite d’âge habituelle.
Enfin, il faut mentionner son rôle crucial depuis deux décennies au sein de l’Académie nationale de médecine, dont il a présidé la division des sciences biologiques et, jusqu’à ces derniers jours, la Commission en charge de la formation, de la recherche et de l’innovation.
Patrick Netter était à la fois un médecin, un chercheur exigeant et un dirigeant extraordinairement fédérateur. Nous lui devons beaucoup.