Fabien Wagner, de la moelle épinière aux réseaux de la mémoire
Chargé de recherche CNRS à l’Institut des maladies neurodégénératives (IMN)
La première fois que Fabien Wagner s’intéresse à la mémoire, c’est par analogie. Il vient de passer cinq ans en Suisse à concevoir des neuroprothèses pour restaurer la locomotion chez des patients paralysés. Ces dispositifs implantables sont capables de lire et de stimuler la moelle épinière en temps réel. Une fonction motrice perdue peut ainsi être partiellement restituée par une machine. Il se demande alors : et si les mêmes techniques pouvaient agir sur des fonctions plus complexes, comme la mémoire ?
En rejoignant le CNRS en 2022, il se lance dans ce nouveau programme, notamment financé par une ERC Starting Grant (projet MEMOPROSTHETICS). L'idée est d'étudier si la stimulation électrique de l'hippocampe — région clé de la mémoire, fortement impliquée dans la maladie d'Alzheimer — pourrait moduler les capacités mnésiques. Mais l'analogie avec son succès sur la motricité montre rapidement ses limites. « Nous avons observé que la stimulation peut dégrader la mémoire, pas l'améliorer », note-t-il. Un résultat qui contredit plusieurs études précédentes et remet en question l'idée d'un simple déréglage des oscillations cérébrales.
Ce constat marque un tournant dans ses travaux. Plutôt que de chercher à améliorer directement la mémoire, son équipe s'attache désormais à comprendre ce que la stimulation fait réellement aux réseaux neuronaux. Quels signaux modifie-t-elle ? À quelles échelles agit-elle ? Pourquoi ses effets diffèrent-ils selon les fonctions ciblées ? Pour y répondre, les chercheurs croisent enregistrements électrophysiologiques, imagerie IRM et modélisation informatique. Ces questions sont explorées chez le primate et chez des patients atteints de la maladie des petits vaisseaux cérébraux.
En parallèle, Fabien Wagner poursuit toujours ses travaux sur la motricité. Il développe aujourd’hui des approches de stimulation non invasive pour restaurer les mouvements du membre supérieur chez des patients tétraplégiques ou post-AVC. Deux terrains, un même fil directeur : partir d'une preuve de concept chez l'animal pour aller, pas à pas, vers des applications cliniques.