Quand la quantité de nutriments détermine la taille et l’architecture des génomes

Focus recherche Développement, évolution

Le phytoplancton constitue la base des réseaux alimentaires marins et joue un rôle essentiel dans le cycle du carbone. Pourtant, la taille de son génome varie dans des proportions considérables selon les espèces. Dans un article publié dans Science Advances, des scientifiques montrent que cette diversité résulte en grande partie de la disponibilité des nutriments, en particulier du phosphate, qui oriente l’évolution via la sélection naturelle vers des génomes plus compacts ou, au contraire, plus volumineux.

Quand les nutriments imposent leur loi aux génomes

Le phytoplancton regroupe des microorganismes photosynthétiques qui produisent, grâce à la photosynthèse, une grande partie de la matière organique des océans. Si certaines espèces, comme la cyanobactérie Prochlorococcus ou la picoalgue verte Ostreococcus, possèdent des génomes particulièrement compacts, d'autres, notamment certains dinoflagellés, présentent des génomes jusqu'à cent fois plus grands. Les mécanismes à l'origine de cette remarquable diversité restaient toutefois mal compris. 

Dans un article publié dans la revue Science Advances, des scientifiques apportent aujourd'hui une explication quantitative à cette question. Ils ont développé un modèle théorique décrivant l'influence des contraintes nutritives sur l'évolution de la taille des génomes.

Le phosphate, un moteur de la sélection naturelle

Le modèle s’appuie sur une équation issue des travaux du biologiste Martin Droop (1968), qui relie la croissance du phytoplancton à sa teneur interne en nutriments. En l'appliquant à des données expérimentales sur la composition de nombreuses espèces, les scientifiques ont pu estimer le coût, en nutriments, des mutations qui ajoutent ou suppriment des fragments d'ADN.

Leurs résultats montrent que plus le génome est petit et plus le milieu est pauvre en nutriments, plus la sélection naturelle élimine efficacement les mutations qui augmentent la taille du génome. L'étude révèle également que le phosphate exerce une influence beaucoup plus importante que l'azote sur cette pression de sélection.

Dans les environnements pauvres en phosphate, chaque portion supplémentaire d'ADN représente un coût métabolique non négligeable. Les insertions d'ADN sont alors défavorisées, tandis que les délétions sont plus facilement conservées, conduisant progressivement à des génomes plus compacts. À l'inverse, lorsque les nutriments sont abondants, cette contrainte s'atténue et l'expansion des génomes devient plus facilement tolérée.

Comprendre l’évolution future des océans

Cette pression de sélection ne concerne pas uniquement la taille globale des génomes. Elle influence également leur organisation. Les scientifiques montrent notamment que les gènes fortement exprimés possèdent généralement des régions non codantes plus courtes, car leur transcription répétée augmente encore le coût en nutriments de ces séquences.

En apportant une explication mécanistique à l'hypothèse du genome streamlining, selon laquelle les espèces vivant dans des environnements pauvres tendent à posséder des génomes réduits, cette étude éclaire un principe fondamental de l'évolution des microorganismes marins. Elle fournit également un nouvel outil prédictif pour anticiper l'impact des changements environnementaux, tels que l'eutrophisation ou la raréfaction des nutriments, sur l'évolution du phytoplancton. Ces travaux pourraient ainsi contribuer à mieux comprendre les conséquences du changement global sur les organismes à la base des écosystèmes marins et du cycle du carbone.

© Carlos Caceres

En savoir plus : Carlos Caceres et al., Effect of cellular nutrient economy on the evolution of genome size in phytoplankton.Sci. Adv.12,eaee2207(2026).DOI:10.1126/sciadv.aee2207

Contact

Gwenael Piganeau
Directrice de recherche CNRS

Laboratoire

Laboratoire de biodiversité et biotechnologies microbiennes - LBBM (CNRS/Sorbonne Université/Université de Perpignan)
Avenue Pierre Fabre, 
66650 Banyuls-sur-Mer