Une approche innovante pour cibler le cytomégalovirus après transplantation

Focus recherche Immunologie, infectiologie

Après une transplantation, les traitements destinés à éviter le rejet affaiblissent le système immunitaire, exposant les patients à des infections parfois difficiles à contrôler. Parmi elles, le cytomégalovirus constitue une menace majeure. Dans un article publié dans Nature Communications, des scientifiques explorent une stratégie innovante fondée sur l’utilisation de cellules immunitaires capables de renforcer les défenses de l’organisme.

Le Cytomégalovirus, une menace pour les patients transplantés

La transplantation permet de remplacer un organe défaillant et de sauver de nombreuses vies. Pour éviter le rejet du greffon, les patients transplantés doivent cependant recevoir en permanence des traitements immunosuppresseurs qui diminuent leurs défenses immunitaires. Cette baisse d’immunité les expose à des infections, en particulier à celle provoquée par le cytomégalovirus (CMV), le virus opportuniste le plus fréquemment pathogène après une transplantation.

Dans certains cas, l’infection devient difficile à contrôler même en utilisant les médicaments antiviraux disponibles. Elle peut alors compromettre le fonctionnement de l’organe greffé et altérer fortement l’état de santé du patient. Ces formes sévères traduisent souvent une réponse immunitaire insuffisante face au virus.

Les lymphocytes T gamma-delta, ces agents de l’ombre qui traquent le virus

Les lymphocytes T jouent un rôle central dans la défense de l’organisme en détectant et en éliminant les cellules infectées. Les plus connus sont les lymphocytes T dits « alpha-bêta ». Mais il existe aussi des lymphocytes T moins conventionnels, appelés lymphocytes T gamma-delta, principalement présents dans les tissus.

Des travaux menés précédemment ont montré que ces cellules participent activement au contrôle du CMV. Elles sont capables de reconnaître et de détruire les cellules infectées, mais aussi de produire des molécules comme l’interféron gamma, qui freine la multiplication du virus.

Développer une thérapie cellulaire grâce au pouvoir des lymphocytes T gamma-delta

Comment alors utiliser ces lymphocytes T gamma-delta pour aider les patients qui n’arrivent pas à contrôler le virus ? Dans une étude récente publiée dans Nature Communications, des scientifiques montrent qu’il est possible de produire en laboratoire de grandes quantités de lymphocytes T gamma-delta tout en conservant leur efficacité antivirale. Il suffirait alors de les injecter aux patients souffrant de maladies réfractaires à CMV pour qu’ils éliminent le virus in vivo. Des tests réalisés chez des souris infectées avec le CMV murin montrent que l’approche s’avère efficace : l’injection de lymphocytes T gamma-delta contrôle le virus et améliorent la survie des animaux. Après cette validation préclinique, ce traitement innovant entre désormais dans une phase stratégique :

  • la production du médicament au sein de la plateforme de bioproduction ARTEMIS des Hospices Civils de Lyon grâce à un financement ANR Biothérapie.
  • un essai de phase 1 multicentrique chez 18 patients (first-in-human) grâce à un financement PHRC. 

Cette stratégie a l’intérêt de pouvoir être réalisée avec des lymphocytes T gamma-delta provenant de n’importe quel donneur et donc préparés à l’avance.

© Gabriel Marseres

Figure: Principe de l’immunothérapie adoptive à base de lymphocytes T gamma-delta. Les cellules T gamma-delta sont amplifiées in vitro à partir des cellules mononucléées (PBMC) du sang de donneurs sains ou transplantés. Leur activité anti-virale est confirmée in vitro contre des cellules infectées avec le CMV. Elles sont (ré-)injectées aux patients transplantés souffrant de maladies à CMV réfractaires.

En savoir plus : Marsères, G., Gentil, C., Tinevez, C. et al. Adoptive γδ T cell therapy controls cytomegalovirus infection in preclinical transplantation models. Nat Commun 17, 2847 (2026). https://doi.org/10.1038/s41467-026-69538-2 

Contact

Julie Déchanet-Merville
Directrice de recherche CNRS
Lionel Couzi
PU-PH CHU-Bordeaux

Laboratoires

ImmunoConcEpT (CNRS/Inserm/Université de Bordeaux)
2 rue Docteur Hoffmann Martinot, 
33000 Bordeaux

Service Néphrologie, Dialyse et Transplantation Rénale (CHU Bordeaux)
place Amélie Raba Léon, 
33000 Bordeaux