Tihana Jovanic, les coulisses neuronales de nos décisions

Distinctions Neuroscience, cognition

Tihana Jovanic, chargée de recherche CNRS à l’Institut des neurosciences Paris Saclay (NeuroPSI) , étudie comment les circuits neuronaux sélectionnent une action parmi plusieurs possibles, un mécanisme fondamental de la prise de décision. Elle est récompensée par la médaille de bronze du CNRS.

Sursauter ou fuir : face à un danger, il faut choisir. Impossible de faire les deux en même temps. Cette contrainte, aussi simple qu’universelle, est au cœur des recherches de Tihana Jovanic. Car derrière chaque comportement, même le plus automatique, le cerveau doit trancher.

Pour comprendre comment s’opère cette sélection, la chercheuse s’appuie sur un modèle aussi discret que puissant : la larve de drosophile. Exposé à une menace, l’animal peut produire plusieurs réponses possibles — se contracter, reculer, s’échapper — mais n’en exécute qu’une à la fois. « Ce choix varie d’un individu à l’autre et d’un instant à l’autre pour un même individu. Donc, face à un même stimulus, le comportement reste fondamentalement probabiliste », décrit-elle.

En testant des centaines de larves en quelques minutes, nous pouvons détecter des variations très fines dans les décisions avec une forte puissance statistique.

Pour décrypter ce qui se joue dans le cerveau, la chercheuse et son équipe observent l’activité de neurones impliqués dans ces comportements et en modifient certains pour voir comment la décision change. Les chercheurs mettent ainsi en évidence un principe central : ces différentes actions entrent en compétition. Chaque possibilité est portée par des neurones qui la favorisent tout en inhibant les autres. L'action produite correspond à celle dont les signaux prennent le dessus à un instant donné.

Mais ce choix dépend aussi de ce qui entoure l'animal et de son état interne. Face à deux stimuli simultanés, les chercheurs montrent que c'est le plus intense qui oriente la réponse, sans pour autant effacer l'influence de l'autre. Et lorsque la larve est affamée, certains neurones deviennent plus actifs, biaisant la décision vers la fuite plutôt que le sursaut. Ces travaux révèlent ainsi comment des besoins physiologiques influencent des choix bien au-delà des comportements alimentaires.

Ce qui m’intéresse ne se limite pas au système nerveux de la larve de drosophile, mais ce que se modèle, grâce à son accessibilité, révèle sur le fonctionnement général des réseaux neuronaux.

En explorant ces mécanismes à l'échelle des neurones et des synapses, Tihana Jovanic cherche à dégager des principes généraux. Car si son modèle est simple, sa question reste universelle : comment le cerveau décide-t-il, à chaque instant, quelle action doit primer ?