Karim Majzoub, traqueur de virus
« La virologie, c'est magnifique », s’extasie Karim Majzoub. Et depuis sa thèse, il le prouve en actes. Les virus sont des parasites qui exploitent toute la cellule : transcription, traduction, immunité, évolution — et c'est cette diversité que le chercheur aime suivre. Des virus de la mouche pendant sa thèse à Strasbourg, à la dengue et au Zika qu’il étudie à Stanford, il perçoit chacun de ses objets d'étude comme une fenêtre sur un mécanisme cellulaire que rien d'autre ne rendrait visible.
Quand il revient en France en 2019, un contexte scientifique en pleine mutation l'oriente vers une autre famille virale. À l’époque, des cousins du virus de l'hépatite D (VHD) sont trouvés chez plein d’espèces différentes, des serpents aux rennes en passant par les termites. Le virus passe de cas isolé à un vaste groupe viral. « À ce moment-là, les experts historiques du VHD étaient presque tous à la retraite. Il y avait une place à prendre pour creuser cette famille », explique Karim Majzoub. Et c’est ce qu’il fait depuis.
Avec son équipe, il explore plusieurs facettes des virus delta : leurs interactions avec l'immunité, leur évolution quand ils franchissent la barrière d'espèce, etc. Leur résultat le plus frappant : la découverte d’un mode de propagation jamais observé auparavant. Les deltavirus s'infiltrent à l'intérieur de la particule d’autres virus « helpers » pendant leur bourgeonnement pour passer ensuite d'une cellule à l'autre. Un mécanisme révélé grâce aux techniques de microscopie à super-résolution. « Nous avons appelé cela un cheval de Troie viral : un virus dans un virus », précise Karim Majzoub.
Ce mécanisme inédit soulève autant de questions qu'il en résout : quel signal pousse le virus delta à sortir du noyau et s'infiltrer dans un autre virus ? Quels facteurs de l'hôte cibler pour l'en empêcher ? Pour le chercheur, chaque réponse fondamentale est une cible thérapeutique potentielle, face à des virus aujourd’hui sans traitement curatif.