Dégénérescence maculaire : rééduquer le cerveau pour compenser la perte de vision

Focus recherche Neuroscience, cognition

La dégénérescence maculaire provoque une perte progressive de la vision centrale et reste sans traitement curatif. Dans cette étude, publiée dans Investigative Ophthalmology & Visual Science, des patients atteints de DMLA ont suivi quatre semaines d’entraînement à la perception du mouvement. Les résultats révèlent une amélioration significative des performances, qui se généralise à d’autres tâches et s’accompagne de changements dans l’activité des circuits cérébraux impliqués dans la vision. 

La dégénérescence maculaire, une maladie fréquente sans solution curative

La dégénérescence maculaire (DM) est une pathologie chronique, évolutive et irréversible, caractérisée par une altération progressive de la vision centrale. Elle affecte aujourd’hui près de 196 millions de personnes dans le monde, un nombre qui pourrait atteindre 288 millions d’ici 2040 selon les projections épidémiologiques. Sa forme la plus répandue, la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), concerne environ une personne sur dix parmi les Français âgés de plus de 65 ans. Cette atteinte entraîne une diminution de l’acuité visuelle et de la sensibilité aux contrastes, compromettant significativement la reconnaissance des visages, la lecture, ainsi que les déplacements au sein de l’environnement. Aucun traitement curatif ne permet aujourd’hui de restaurer les fonctions visuelles perdues. Il est donc crucial de développer des stratégies de rééducation capables d’optimiser les capacités résiduelles des patients et de préserver, voire améliorer, leur autonomie au quotidien. À l’heure actuelle, ces prises en charge reposent essentiellement sur des exercices oculomoteurs et/ou des entraînements à la lecture encadrés par des orthoptistes. Toutefois, ces pratiques intègrent encore insuffisamment les avancées issues de la recherche en neurobiologie, notamment concernant les mécanismes de traitement de l’information visuelle et la plasticité cérébrale. 

L’apprentissage perceptif, entraîner la vision autrement

Dans cette perspective, l’apprentissage perceptif constitue une voie particulièrement prometteuse. Il se définit comme une amélioration durable des performances perceptives résultant d’un entraînement ou d’une exposition répétée, induisant un ajustement fonctionnel des populations neuronales au sein des aires sensorielles. En mobilisant les capacités de plasticité cérébrale, cette approche offre ainsi un cadre théorique et méthodologique susceptible d’optimiser la rééducation visuelle. Autrement dit, même si l’œil est altéré, le cerveau peut apprendre à mieux exploiter les informations visuelles disponibles.

Un entraînement court, des effets mesurables

Dans un article publié dans la revue Investigative Ophthalmology & Visual Science, des scientifiques publient les résultats d’une étude dans laquelle un entraînement ciblé sur une fonction visuelle de haut niveau, la discrimination du mouvement, était proposé à des patients atteints de DMLA. Le protocole, mené depuis cinq ans dans plusieurs centres de recherche français, reposait sur 12 séances d’entraînement réparties sur quatre semaines. Les résultats montrent une amélioration significative de la perception du mouvement chez les patients après l’entraînement. 

Mais surtout, ces bénéfices ne se limitent pas aux exercices pratiqués.

Un transfert vers des compétences visuelles plus complexes 

Les bénéfices observés se généralisent à des tâches dynamiques plus complexes qui n’étaient pas incluses dans le programme d’entraînement, ce qui suggère l’existence d’un véritable transfert des acquis au-delà des exercices pratiqués. 

Des données de neuroimagerie acquises avant et après l’entraînement apportent un éclairage essentiel : elles indiquent que ces améliorations comportementales s’accompagnent de modifications significatives de l’activité cérébrale au sein d’aires corticales spécialisées dans le traitement du mouvement. Ces résultats témoignent d’une plasticité cérébrale fonctionnelle induite par l’apprentissage. 

Dans l’ensemble, ces résultats soutiennent l’idée que l’apprentissage perceptif pourrait constituer un levier majeur dans le développement de programmes de rééducation visuelle pour les patients souffrant de dégénérescence maculaire, et potentiellement d’autres pathologies oculaires.

© Célia Michaud

En savoir plus : Michaud C, Faurite C, Guénot J, Gallice M, Chiquet C, Vayssière N, Berry I, Trotter Y, Baurès R, Rosito M, Soler V, Peyrin C, Cottereau BR. Perceptual Learning as a Rehabilitation Approach to Enhance Motion Processing in Maculopathy Patients. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2026 Mar 2;67(3):52. doi: 10.1167/iovs.67.3.52. PMID: 41885533. 

Contact

Benoit Cottereau
Directeur de recherche CNRS

Laboratoire

Centre de recherche cerveau et cognition - CERCO (CNRS/Université de Toulouse)
Pavillon Baudot CHU Purpan, 
BP 25202, 
31052 Toulouse Cedex