Un nouvel axe de tolérance immunitaire entre inflammation et cancer
La tolérance immunitaire, la capacité du système immunitaire à limiter ses propres réactions pour éviter des dommages aux tissus, est essentielle à l’équilibre de l’organisme. Une étude publiée dans Nature Immunology montre comment une sous-population de cellules dendritiques, les tDC2, favorise la génération de lymphocytes T régulateurs spécialisés, révélant un axe immunorégulateur impliqué à la fois dans l’inflammation et dans les cancers.
Un équilibre délicat du système immunitaire
Le système immunitaire doit trouver un équilibre subtil : il doit être suffisamment actif pour éliminer les agents pathogènes ou les cellules cancéreuses, tout en évitant de déclencher des réactions excessives contre les tissus de l’organisme.
Cette régulation repose en grande partie sur les lymphocytes T régulateurs FOXP3+, des cellules spécialisées qui freinent les réponses immunitaires et contribuent au maintien de l’homéostasie des tissus.
Cependant, ces cellules protectrices peuvent aussi avoir un effet paradoxal. Dans certaines tumeurs, leur accumulation peut atténuer l’activité des cellules immunitaires capables d’attaquer les cellules cancéreuses, limitant ainsi l’efficacité de la réponse antitumorale.
Le rôle essentiel des cellules dendritiques
Les cellules dendritiques jouent un rôle central dans l’orientation des réponses immunitaires. Elles détectent les signaux de l’environnement et dirigent l’activation ou, au contraire, la modulation de l’immunité.
Parmi elles, une sous-population récemment décrite par des scientifiques dans un article publié dans Nature Immunology apparaît comme un acteur clé de la tolérance immunitaire. Pour ce faire, ils ont utilisé des modèles murins d’inflammation et de cancer, ainsi que des souris génétiquement modifiées. Combinés à des analyses transcriptomiques à résolution unicellulaire et à des études fonctionnelles, ils ont identifié cette catégorie de cellules comme une sous-population DC2 dérivée de cellules dendritiques transitoires (tDC2).
Une nouvelle voie pour moduler l’immunité
Les résultats montrent que, sous l’influence de la cytokine TSLP produite par les kératinocytes de la peau, des cellules dendritiques transitoires peuvent se différencier en tDC2.
Ces cellules acquièrent alors des caractéristiques spécifiques, expriment la molécule OX40L et migrent vers les ganglions lymphatiques drainants.
Dans les ganglions lymphatiques, les tDC2 induisent la formation de lymphocytes T régulateurs effecteurs (eTreg) exprimant le facteur de transcription GATA3.
Ces cellules contribuent à limiter l’inflammation et à moduler la réponse immunitaire dans différents contextes pathologiques, notamment la dermatite atopique et le mélanome.
Des analyses réalisées dans des cancers cutanés humains ont également permis d’identifier des cellules similaires aux tDC2, suggérant que ce mécanisme de régulation est conservé chez l’être humain.
Cette étude révèle ainsi l’existence d’un axe immunorégulateur reliant TSLP, tDC2 et lymphocytes eTreg, capable d’influencer à la fois les réponses inflammatoires et l’immunité antitumorale.
Ces résultats ouvrent des perspectives thérapeutiques : inhiber cet axe pourrait renforcer la réponse immunitaire contre les tumeurs, tandis que le stimuler pourrait aider à contrôler certaines maladies inflammatoires ou allergiques.
Figure : Une nouvelle sous-population de cellules dendritiques, les DC2 dérivées de cellules dendritiques transitoires (tDC2), sous l’influence de la cytokine thymic stromal lymphopoietin (TSLP), favorise la tolérance et la suppression immunitaire en induisant la génération de lymphocytes T régulateurs effecteurs exprimant GATA3 (eTreg), dans divers contextes, de l’inflammation au cancer.
En savoir plus : Guivarch M, Meyer P, Braud A, Marschall P, Perrin A, Verdenet A, Vu Manh TP, Santa P, Sisirak V, Zhang YL, Flatter E, Ye T, Jung M, Birling MC, Hener P, Segaud J, German B, Lipsker D, Dalod M, Li M. TSLP promotes GATA3-expressing effector regulatory T cells via DC2 derived from transitional DCs. Nat Immunol. 2026 Feb;27(2):348-363. doi: 10.1038/s41590-025-02400-7. Epub 2026 Jan 27. PMID: 41593243.
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Institut de génétique, biologie moléculaire et cellulaire, IGBMC (CNRS/Inserm/Université de Strasbourg)
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