Heïdi Serra, zoom sur la génétique des plantes hybrides
Heïdi Serra, chargée de recherche CNRS à l’Institut de génétique, reproduction et développement (iGReD)
Ce qui fascine Heïdi Serra, c’est la manière dont les plantes s’adaptent à la complexité génétique. Après une thèse à Clermont-Ferrand sur la réparation des cassures de l’ADN, elle part à Cambridge explorer un autre terrain : la méiose. Lors de ce processus propre à la reproduction, l’ADN subit également des cassures, cette fois-ci contrôlées, à l’origine d’échanges entre chromosomes (crossing-over) essentiels à la diversité génétique. Mais que se passe-t-il quand ces chromosomes viennent d’espèces différentes ?
C’est cette question qu’elle poursuit depuis son retour en France. Après un post-doctorat à l’INRAE, elle rejoint le CNRS en 2021 pour s’attaquer à un défi de taille : comprendre comment les plantes dites allopolyploïdes — issues d’un croisement entre espèces — parviennent à stabiliser leur génome. Car si ces hybrides sont instables au départ, ils peuvent, une fois stabilisés, donner naissance à de nouvelles espèces qui combinent les caractères avantageux de leurs parents.
Pour lever le voile sur ce phénomène, Heïdi Serra mise sur une plante discrète mais redoutablement efficace : Arabidopsis suecica, issue d’une hybridation naturelle. « C’est un modèle idéal qui présente les avantages d’une plante simple, mais qui permet d’adresser les questions complexes liées à la polyploïdie », précise-t-elle. En comparant des plantes recréées récemment en laboratoire à d’autres formées naturellement il y a 16 000 ans, son équipe a notamment mis en évidence un mécanisme clé. Les plus anciennes ont appris à éviter les échanges entre chromosomes d’origine différente, tandis que les plus récentes peinent à stabiliser leur méiose et sont donc peu fertiles. Certaines d’entre elles sont cependant capables de s’adapter en seulement quelques générations !
Grâce à son projet ERC MeioPoly