Hommage à Roland Douce
C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de Roland Douce, survenu le 4 novembre 2018, à l’âge de 79 ans.
Roland Douce, biochimiste et spécialiste de la biologie végétale, a consacré l’essentiel de ses travaux au métabolisme de la cellule végétale, s’intéressant au métabolisme du carbone, des vitamines et des nutriments ainsi qu’à la biologie de la mitochondrie et du chloroplaste. Précurseur dans bien des domaines, il a entre autre mis en évidence et exploré les fonctions uniques de la physiologie de la mitochondrie végétale en comparaison de celles de la mitochondrie des cellules animales et initié les études de l’enveloppe membranaire entourant les chloroplastes, isolant ces membranes pour en déterminer les caractéristiques structurales et biochimiques. Il a ainsi ouvert un vaste champ disciplinaire qui irrigue encore à ce jour nombre d’études ; son empreinte scientifique est donc considérable. Animé d’une insatiable curiosité pour les sciences du vivant, il a perçu avant l’heure l’extrême plasticité du métabolisme des organismes photosynthétiques et s’est attaché à explorer la diversité et la complexité des voies métaboliques associées aux mitochondries et aux membranes de l’enveloppe des plastes. Il a été précurseur de l’étude fonctionnelle des complexes protéiques chez les plantes par des approches structurales et comprenait comme aucun autre l'intimité cellulaire des plantes et leur physiologie.
Professeur passionné, Roland Douce était capable de rendre limpide les processus les plus complexes. Son cours de bioénergétique, thématique a priori peu attractive, a enthousiasmé des générations d’étudiants et certainement déclenché des vocations pour la recherche pour certains d’entre eux. Beaucoup de chercheurs ont grandi professionnellement à ses côtés et ses conseils bienveillants résonnent encore avec justesse pour nombre d’entre eux.
Roland Douce a fondé le Laboratoire de Physiologie Cellulaire et Végétale (LPCV) à Grenoble, laboratoire qu’il a dirigé de 1979 à 1991 et qu’il n’a cessé de soutenir et d’accompagner même après avoir pris d’autres responsabilités. Fervent défenseur d’une recherche fondamentale guidée par la curiosité, il a su concilier excellence scientifique et ouverture vers le monde industriel, permettant des applications directement issues des avancées de la science. Il a ainsi pris la responsabilité d’une unité mixte CNRS/Rhône Poulenc Agrochimie de 1986 à 1998 (synthèse des aminoacides et des vitamines dans les plantes supérieures). De 2002 à 2004, il a ensuite dirigé l’Institut de Biologie Structurale (IBS) de Grenoble.
Il n’a pas seulement été un scientifique brillant et visionnaire, mais a occupé d’importantes fonctions de pilotage de la recherche. Il a été chef de Département à l'INRA (1985-1990), conseiller scientifique au CEA (1979), membre de l'Institut Universitaire de France (1992), directeur de la recherche à l’École Normale Supérieure de Lyon (1995-1998), senior scientist à l’Université d’Oxford (2001), membre de l’Académie des Sciences depuis 1990 et de la National Academy of Sciences (Etats-Unis) depuis 1997. Le CNRS lui a décerné la médaille d’argent en 1982.
La science du végétal et la biologie structurale ont perdu l’un de ses explorateurs passionnés, un artisan infatigable et exemplaire d’une science fondamentale de tout premier plan, une grande figure scientifique en avance sur son temps et qui avait su conserver cette précieuse part de curiosité et d’émerveillement qui est le plus souvent l’apanage des enfants.