Chez les chauves-souris Myotis, les mécanismes d’adaptation aux virus et au vieillissement révélés
Comment expliquer la longévité exceptionnelle de certaines chauves-souris et leur capacité à faire face aux infections virales ? En comparant les génomes complets de huit espèces proches de Myotis et en étudiant leur immunité et leurs cellules, des scientifiques mettent en évidence les mécanismes à l’origine de ces adaptations et montrent un lien entre les protéines qui interagissent avec les virus et les voies biologiques associées à la longévité. Des résultats publiés dans Nature.
Les chauves-souris du genre Myotis présentent deux caractéristiques qui intriguent particulièrement les biologistes. Certaines espèces peuvent vivre jusqu’à 42 ans, une longévité exceptionnelle pour des mammifères de cette taille, tandis que d’autres espèces ne vivent que quelques années. Elles possèdent également des systèmes de défense leur permettant de tolérer ou de combattre différents virus pathogènes sans nécessairement développer de symptômes graves.
Pour rechercher les bases génétiques de ces propriétés, une collaboration internationale menée dans le cadre du Projet de recherche international du CNRS RAPIDvBAT a permis aux scientifiques de séquencer et de comparer les génomes complets de huit espèces proches de Myotis. Des lignées cellulaires ont également été développées afin de tester expérimentalement certains des mécanismes révélés par les analyses génomiques. Cette étude est publiée dans la revue Nature.
Des adaptations différentes face aux virus à ADN et à ARN
Les résultats montrent tout d’abord que l’évolution n’a pas emprunté les mêmes voies selon le type de virus. Pour les virus à ADN, comme les herpèsvirus, les protéines de chauves-souris qui interagissent avec les protéines virales portent fréquemment les traces d’une sélection positive : au fil des générations, certaines modifications génétiques avantageuses ont été favorisées par la sélection naturelle.
Pour les virus à ARN, parmi lesquels figurent notamment les virus de la grippe, les scientifiques observent davantage de variations dans le nombre de copies de certains gènes codant des protéines impliquées dans les interactions avec ces virus. Un même gène peut en effet être présent en une ou plusieurs copies dans un génome, et ce nombre peut varier entre espèces, voire entre individus. Les Myotis semblent donc avoir développé, au cours de leur évolution, des stratégies génétiques différentes pour faire face aux virus à ADN et aux virus à ARN.
Un génome plastique au service de la défense antivirale
Cette adaptation aux virus s’accompagne d’une importante plasticité du génome. L’un des cas les plus marquants concerne PKR, une protéine jouant un rôle important dans la défense antivirale et l’immunité.
Les scientifiques ont identifié des variations du nombre de copies du gène codant PKR, apparues au cours des 10 derniers millions d’années dans la lignée des Myotis.
La persistance de différentes configurations suggère qu’il n’existe pas nécessairement une solution unique et optimale pour se défendre contre les virus. Renforcer certains systèmes de défense peut procurer un avantage face à une infection, mais aussi avoir un coût pour l’organisme. L’évolution aurait ainsi favorisé différents compromis entre les bénéfices et les coûts associés à ces mécanismes antiviraux.
Longévité et cancer : des mécanismes évolutifs communs
La comparaison des huit génomes met parallèlement en évidence des signatures évolutives associées à la longévité. Chez les Myotis, l’évolution répétée d’une durée de vie importante est associée à une sélection positive touchant plusieurs voies biologiques également impliquées dans le cancer.
Ce résultat est particulièrement intéressant car une vie plus longue augmente en principe le temps pendant lequel les cellules peuvent accumuler des dommages dans leur ADN, dont certains sont susceptibles de favoriser l’apparition de cancers.
Pour aller au-delà des comparaisons de génomes, les scientifiques de l’Université de Californie à Berkeley ont étudié des cellules primaires de Myotis lucifugus. Après avoir provoqué expérimentalement des dommages de l’ADN à l’aide d’un agent toxique, ils ont observé une réponse cellulaire particulière : les cellules détectent les dommages et favorisent l’élimination des cellules endommagées.
Ces observations suggèrent que les mécanismes associés à une longue durée de vie pourraient également contribuer au maintien de l’intégrité des cellules et à la résistance au développement de cancers.
Adaptation aux virus et au vieillissement : des mécanismes génétiques partagés
L’un des principaux enseignements de l’étude est que les adaptations aux virus et celles associées à la longévité ne semblent pas constituer deux histoires évolutives totalement indépendantes. Les analyses comparatives mettent en évidence des liens entre les protéines impliquées dans les interactions avec les virus et les voies biologiques associées à la longévité.
Une même adaptation génétique peut en effet avoir des conséquences sur plusieurs caractéristiques de l’organisme, un phénomène appelé pléiotropie. Des mécanismes façonnés au cours de l’évolution en réponse aux virus pourraient ainsi également agir sur le maintien de l’intégrité des cellules, la résistance au cancer ou le vieillissement.
Au-delà de la compréhension de leur histoire évolutive, ces résultats ouvrent des pistes pour mieux comprendre les mécanismes du vieillissement et de la résistance aux maladies. L’étude des solutions développées par les chauves-souris au cours de millions d’années d’évolution pourrait ainsi contribuer, à plus long terme, à éclairer certains mécanismes impliqués dans la santé humaine.
Figure : Une chauve-souris Myotis capturée et relâchée dans le cadre d'un projet de recherche sur la longévité et l'immunité des chauves-souris
En savoir plus : Vazquez, J.M., Lauterbur, M.E., Mottaghinia, S. et al. Insights into longevity and virus-driven adaptation from Myotis bat genomes. Nature (2026). https://doi.org/10.1038/s41586-026-10932-7
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