Statut et pouvoir : le cerveau les distingue sans les séparer
Dans un groupe, une position élevée peut reposer sur le prestige lié aux compétences ou sur le pouvoir qui permet par exemple de contrôler l’accès aux ressources. Comment notre cerveau apprend-il ces deux dimensions de la hiérarchie sociale et comment influencent-elles nos décisions ? Des scientifiques, dans un article publié dans PNAS, montrent que statut et pouvoir sont représentés de manière en partie distincte dans le cerveau, mais que ces informations se combinent au moment de nos choix.
Statut et pouvoir : deux façons d’occuper une position élevée
Dans un groupe, une personne peut occuper une position élevée pour des raisons très différentes. Son statut correspond au prestige qui lui est accordé en raison de ses compétences ou de ses contributions. Son pouvoir désigne sa capacité à contrôler des ressources communes. Ces deux dimensions sont souvent associées dans la vie quotidienne, alors qu’elles n’entraînent pas les mêmes comportements sociaux.
Pour comprendre comment nous apprenons ces informations, les scientifiques ont réalisé trois expériences chez l'être humain, réunissant au total 99 participants. Dans l'une d'elles, leur activité cérébrale était étudiée par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Les résultats sont publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.
Les participants interagissaient avec quatre partenaires présentés comme membres de leur équipe. Ils apprenaient leur statut à partir de leur contribution aux gains collectifs et leur pouvoir à partir de leur capacité exclusive à répartir des récompenses entre les membres du groupe. Les deux dimensions étaient croisées indépendamment : un partenaire pouvait donc avoir un statut faible ou élevé et un pouvoir faible ou fort.
Les participants ont bien appris la hiérarchie construite par l’expérience. Pourtant, lorsqu'ils doivent prendre une décision, les deux informations interfèrent : le pouvoir d'un partenaire influence les choix portant sur son statut et son statut influence ceux concernant son pouvoir, même lorsque cette information n'est pas utile pour répondre.
Parmi plusieurs modèles concurrents de l’apprentissage de la hiérarchie, le meilleur décrit l’interaction entre statut et pouvoir au moment du choix. Le cerveau semble ainsi conserver des informations distinctes tout en les combinant pour décider.
Des représentations cérébrales en partie distinctes
L’IRMf met en évidence des signatures cérébrales en partie différenciées. L’apprentissage de la dimension liée au statut est associé à l’activité du cortex préfrontal médian et du cortex cingulaire postérieur/précuneus. L’apprentissage de la dimension liée au pouvoir est associé à l’activité de l’amygdale, notamment impliquée dans la détection de signaux sociaux saillants. Des analyses multivariées distinguent également les profils d’activité liés aux deux dimensions dans ces régions. Enfin, le cortex rétrosplénial est associé au traitement de l’information hiérarchique liée à l’aspect cross-dimensionnel entre signaux liés au statut et au pouvoir.
Suivre un conseil : le statut et le pouvoir ne produisent pas les mêmes effets
Après cette phase d'apprentissage, les participants étaient confrontés à une nouvelle tâche dans laquelle ils devaient choisir entre une option prudente et une option risquée. Chacun des partenaires leur conseillait alors l'une ou l'autre.
Le statut et le pouvoir du partenaire influencent tous deux la propension à suivre son conseil, mais de façon différente. Un statut élevé augmente la tendance à suivre aussi bien un conseil prudent qu'un conseil risqué. Un pouvoir élevé, en revanche, renforce principalement la tendance à suivre un conseil prudent. La modélisation montre qu'ils correspondent davantage à un biais en faveur du conseil reçu qu'à une modification de la valeur attribuée aux différentes options ou de la préférence personnelle pour le risque.
Ces résultats confortent une vision multidimensionnelle de la hiérarchie sociale : statut et pouvoir ne sont ni interchangeables ni totalement indépendants. Ils sont associés à des systèmes cérébraux partiellement distincts, interagissent lors de l’apprentissage et n’exercent pas la même influence sur les décisions.
Cette distinction pourrait aider à mieux comprendre pourquoi l’autorité fondée sur la compétence et celle fondée sur le contrôle des ressources produisent des formes différentes d’adhésion. Les situations étudiées restant expérimentales et très contrôlées, de futurs travaux devront déterminer comment ces mécanismes se déploient dans des relations sociales durables et des groupes réels.
Figure : Les participants apprennent d’abord le statut de quatre partenaires à partir de leur contribution aux gains collectifs et leur pouvoir à partir de leur contrôle sur la répartition des récompenses. Les estimations de statut sont principalement associées au cortex préfrontal médian et au cortex cingulaire postérieur/précuneus, tandis que les estimations de pouvoir sont associées à l’amygdale. Dans une tâche ultérieure, le statut renforce l’influence des conseils prudents et risqués, alors que le pouvoir agit surtout sur les conseils prudents.
En savoir plus : Feng C., Liu F., Yang B., Derrington E., Luo Y., Qu C. et Dreher J.-C. « Interactive representations of power and status signals in learning social hierarchies ». Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). PNAS 2026 Vol. 123 e2532908123 https://doi.org/10.1073/pnas.2532908123
Contact
Laboratoire
Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod - ISC - MJ (CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1)
67 boulevard Pinel,
69675 Bron, France