Quand le cerveau garde longtemps la trace de commotions cérébrales : des traces durables, mais qui peuvent être atténuées
Une commotion cérébrale survenue pendant l’enfance peut parfois avoir des conséquences sur le long terme. Dans une étude publiée dans Nature Communications, des scientifiques montrent que chez la souris, un traumatisme crânien léger perturbe durablement l’activité de certains neurones. Ils parviennent aussi à corriger ces perturbations en agissant sur le système endocannabinoïde, longtemps après le choc.
En résumé
- Chez la souris, une commotion cérébrale légère pendant le développement peut être suivie de modifications durables de l’activité cérébrale : des neurones du cortex somatosensoriel restent anormalement actifs jusqu’à un an après le traumatisme.
- Dans ce modèle animal, cette hyperactivité s’accompagne de perturbations des comportements sensoriels et de modifications des connexions entre différentes régions du cerveau, observées plusieurs mois après le choc.
- Chez ces souris, une molécule agissant sur le système endocannabinoïde, administrée un an après le traumatisme, réduit l’hyperactivité neuronale et restaure certains paramètres de plasticité cérébrale et de comportement sensoriel. Il reste à déterminer si ces mécanismes et cet effet thérapeutique se retrouvent chez l’humain.
Un choc léger peut laisser des traces durables.
Après une commotion cérébrale liée à une chute ou à un accident de sport, le bilan initial d’un enfant peut sembler rassurant. Certains jeunes conservent pourtant des troubles qui affectent leur qualité de vie. La plasticité du cerveau en développement, c’est-à-dire sa capacité à modifier ses connexions, suffit-elle toujours à effacer les effets du choc ?
Pour étudier cette question, les scientifiques ont développé un modèle de traumatisme crânien léger chez la souris. Ils ont suivi les animaux jusqu’à l’âge adulte, en associant l’observation de leur comportement à des mesures de l’activité cérébrale.
Des neurones toujours hyperactifs à l’âge adulte.
Grâce à une technique d’imagerie permettant d’observer l’activité des neurones chez des souris éveillées, les scientifiques ont montré, dans une étude publiée dans la revue Nature Communications, que des neurones du cortex somatosensoriel restaient anormalement actifs jusqu’à un an après le traumatisme. Cette région du cerveau participe au traitement des informations sensorielles provenant du corps, notamment du toucher.
Cette hyperactivité s’accompagnait de perturbations du comportement sensoriel. En relation avec ces perturbations, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) a également révélé, plusieurs mois après la commotion, une réorganisation des faisceaux de fibres nerveuses caractérisée par une diminution de la densité de fibres reliant le cortex somatosensoriel et un noyau du thalamus.
Une piste de traitement efficace longtemps après la commotion.
Les scientifiques se sont ensuite intéressés au système endocannabinoïde, un ensemble de molécules présentes naturellement dans l’organisme qui contribue notamment à réguler l’activité des neurones. L’une de ces molécules, administrée un an après le choc, a permis de réduire l’hyperactivité neuronale, de restaurer la plasticité cérébrale et de normaliser les comportements sensoriels observés chez les souris.
Le délai d’intervention est l’un des résultats marquants de l’étude : dans ce modèle animal, certaines conséquences du traumatisme peuvent encore être atténuées alors que les troubles sont installés depuis longtemps. Il reste à déterminer si les mêmes mécanismes interviennent chez les personnes ayant subi une commotion pendant l’enfance et si cette approche pourrait, à terme, leur bénéficier.
Figure : Séquelles à long terme d’une commotion pédiatrique et traitement. Le traumatisme crânien léger provoqué chez la jeune souris a été suivi à long terme (3 à 12 mois). La commotion cérébrale provoquée pendant l’enfance provoque une réorganisation structurale du cerveau, une hyperactivité neuronale persistante, une perte de l’intégration sensorielle et des troubles comportementaux. L’administration d’un traitement modulant le système endocannabinoïde un an après l’impact permet la normalisation de l’activité cérébrale, la restauration de la plasticité neuronale et la correction des comportements.
Référence
BADAUT, J., HIPPAUF, L., MALINCONI, M. et al. Endocannabinoid-mediated rescue of somatosensory cortex activity, plasticity and related behaviors following an early-life concussion in male mice. Nat Commun (2026). https://doi.org/10.1038/s41467-026-77767-8
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Laboratoires CNRS
- Centre d'études biologiques de Chizé - CEBC
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