Le rôle de l’image de soi dans les dilemmes moraux impliquant l’argent

Résultats scientifiques Neuroscience, cognition

La violation de normes morales est fréquente, particulièrement quand nous savons que nous ne sommes pas observés par autrui. Lorsque nos valeurs morales et l’argent mène à des dilemmes moraux, comment le cerveau pondère-t-il bénéfices et coûts potentiels intégrant nos valeurs morales et gains/pertes monétaires potentielles ? Des chercheurs de l'Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod, en collaboration avec l’équipe d’économie comportementale du GATE, montrent que deux types de dilemmes opposés engagent des systèmes de valuation cérébraux distincts. Ce travail est publié dans la revue Plos Biology.

Nos décisions sont souvent non seulement motivées par l’argent (bénéfice ‘externe’) mais aussi par notre propre moralité et par l’image de soi que l’on souhaite donner aux autres. Dans cette étude, les chercheurs utilisent l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour déterminer si des systèmes cérébraux distincts sont engagés dans deux types de choix opposés réalisées en public ou en privé. Lorsqu’ils décident de gagner de l’argent en contribuant à une mauvaise cause, les participants sont d’avantage prêt à abandonner leurs valeurs morales pour de l’argent (i.e. à ‘vendre leur âme’) en privé qu’en public. Par contre, lorsque les participants décident de perdre de l’argent pour contribuer à une bonne cause (permettre l’envoi d’argent à une organisation caritative), ils contribuent davantage en public qu'en privé (afin de donner une bonne image d’eux même). Ces deux types de décisions engagent des systèmes cérébraux différents.

Le premier type de décisions (pondérer bénéfices monétaires et un coût moral) engage le cortex préfrontal latéral et l’insula antérieure, connues pour être associés à des considérations morales de type malhonnêteté. Par contre, permettre l’envoi d’argent à une organisation caritative à un coût monétaire pour soi-même désengage une région sous-corticale, nommée le striatum ventral. Autrement dit, cette région est d’autant plus activée qu’on refuse efficacement des dilemmes combinant de fortes pertes monétaires personnelles accompagnées de faibles bénéfices moraux. 

De plus, quel que soit le type de dilemme, un réseau cérébral impliqué dans l’attribution d’intentions à autrui qui inclue le cortex cingulaire antérieur et la jonction temporo-pariétale droite est plus engagé en public qu’en privé, lorsqu’on sait que ses propres décisions sont observées par autrui.

Ces résultats illustrent de quelle manière le cerveau intègre trois sources de motivations: récompenses externes (argent), valeurs morales et considération de l’image de soi.

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Figure : A. Exemple d’un décision prise en public, où les participants doivent décider si ils acceptent ou non un transfert d’argent vers une organisation caritative. B. Les participants acceptent d’avantage les transferts pour l’organisation caritative quand la décision est publique (en rouge). Par contre, lorsque le dilemme concerne une organisation dont la valeur morale est réprouvée (en bleu), ils acceptent d’avantage un transfert à cette association négative (combiné à un bénéfice monétaire pour eux-mêmes) lorsque le choix est privé (i.e. ils ‘vendent leur âme pour de l’argent’). C. Les dilemmes engageant bénéfices moraux et coûts monétaires (condition avec l’organisation caritative) engagent le striatum ventral. D. Les dilemmes engageant bénéfices monétaires et coûts moraux (condition avec l’organisation dont la valeur morale est réprouvée) engagent l’insula bilatérale et le cortex dorsolatéral.

© Jean-Claude Dreher

 

Pour en savoir plus :

Neurocomputational mechanisms at play when weighing concerns for extrinsic rewards, moral values, and social image
Qu C, Météreau E, Butera L, Villeval MC and Dreher JC
Plos Biology, June 6, 2019 DOI : 10.1371/journal.pbio.3000283

 

Site Neuroeconomics laboratory : https://dreherteam.wixsite.com/neuroeconomics

Contact

Jean-Claude Dreher
Chercheur CNRS à l'Institut des sciences cognitives (ISC) - Marc Jeannerod - (CNRS/Université Claude Bernard)